Quelques mois après la folie meurtrière du génocide que le Rwanda a connue entre avril et juillet 1994, ayant coûté la vie à près d’un million de personnes, principalement des Tutsi et des Hutu modérés, le nouveau gouvernement, fraîchement arrivé au pouvoir, a décidé d’ériger à Kigali un mémorial à la dimension de cette tragédie.

Grâce à une démarche diplomatique d’envergure, cette initiative des nouvelles autorités de Kigali a bénéficié de la sympathie de la communauté internationale qui, au départ, banalisait l’ampleur de la crise rwandaise en parlant des simples incidents interethniques comme ceux de 1959 et de 1972. Dans un élan de solidarité, le gouvernement belge, l’agence canadienne pour le développement international (ACDI) et la Fondation Clinton, se sont mobilisés pour contribuer à la réalisation de ce projet. C’est donc grâce à cette mise en commun des moyens du gouvernement rwandais et de ses partenaires que le mémorial de Gisozi fut érigé en décembre 1994 dans la ville de Kigali. La métropole du Rwanda était alors transformée, elle aussi, en un vaste chantier de reconstruction nationale, après une guerre civile dévastatrice qui a laissé en ruine le « pays des mille collines ».

Les initiateurs de ce projet lui ont assigné deux principaux objectifs en plus de sa vocation traditionnelle de lieu de recueillement en mémoire des victimes du génocide. Il s’agit, d’une part, d’inhumer dignement les victimes du génocide et, d’autre part, d’immortaliser le triste souvenir de la tragédie de 1994. La construction du mémorial visait non pas à perpétuer le sentiment de haine ethnique ou à susciter un quelconque esprit de revanche, mais à attirer l’attention des générations futures sur les méfaits de la ségrégation entre des communautés condamnées à vivre ensemble pour l’éternité.

A un rythme progressif et avec le concours de la population, une vaste opération de récupération des « restes » des victimes du génocide enterrés à la hâte par leurs bourreaux, et sans aucune considération pour la dignité humaine, a été organisée sur l’ensemble du territoire national. Ainsi des ossements, vêtements et autres effets trouvés sur les corps des victimes ont été récupérés avec soin, mis dans des cercueils et inhumés dans la cour du mémorial de Gisozi, devenu désormais une attraction et un lieu de recueillement et témoignage de l’histoire récente du Rwanda. Des listes de victimes collées au mur ont permis à ceux qui n’avaient pas encore de nouvelles de leurs connaissances d’être fixés sur leur sort, après cette page noire de l’histoire du pays.

A l’intérieur du mémorial de Gisozi, une exposition de photos appuyées par des textes explicatifs sur la genèse, le déroulement et les effets néfastes du génocide et des films vidéo de témoignages des rescapés constituent une véritable banque de données qui permet aux visiteurs d’avoir une idée claire sur l’ampleur du drame rwandais.

Le gouvernement rwandais a, par ailleurs, introduit, dans le système d’enseignement du pays, un programme éducatif pour apprendre l’histoire du pays aux élèves du primaire et du secondaire en mettant un accent particulier sur les lourdes conséquences du génocide qui frappent toutes les couches de la population. Dans le même contexte, Ibuka, un collectif des associations de défense des droits des rescapés du génocide s’est également impliqué dans cette démarche avec un autre programme de sensibilisation de la population dans le cadre de la prévention des crimes contre l’humanité.

Selon Emmanuel Gatana, guide au mémorial de Gisozi, chaque mois, entre 6000 et 7000 visiteurs, en majorité des Rwandais, et d’autres venus des quatre coins du monde, fréquentent ce site pour s’imprégner de la réalité de cet événement douloureux qui a endeuillé le continent africain en général et la Rwanda en particulier.

Les impressions personnelles consignées dans le registre du mémorial de Gisozi par les visiteurs véhiculent un message de paix et des appels à la réconciliation entre Hutu et Tutsi et une invitation à la mise en place d’une politique et de stratégies susceptibles de contribuer à éviter la répétition de cette catastrophe.

Dans un réflexe de compassion spontanée, les visiteurs du mémorial versent librement des sommes d’argent en guise de soutien pour l’entretien de ces installations.

Fortunat SHIMBA

One Response to “Gisozi : Inhumer dignement les victimes et reconstituer l’histoire du génocide rwandais”

  1. Marie-Soleil Says:

    Très intéressante perspective Fortunat !
    Et bonne continuation avec ton Blog…
    J’espère que tu mettras en ligne régulièrement des nouvelles de Lubumbashi !


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